On répète souvent que l’Afrique souffre d’un manque massif de financement pour les PME. Ce narratif est omniprésent dans les discours institutionnels et les conférences économiques. Mais que disent réellement les données ? Selon l’IFC, dans son rapport de référence MSME Finance Gap (2017), le déficit de financement formel des PME en Afrique subsaharienne est estimé à environ 331 milliards de dollars. Ce chiffre impressionnant est fréquemment cité. Pourtant, il mérite d’être interprété avec nuance.
Ce “gap” ne signifie pas que 331 milliards de dollars dorment inutilisés dans les coffres des banques. Il correspond à la différence entre la demande potentielle de crédit des PME formelles et l’offre effectivement accordée. Autrement dit, il s’agit d’un déficit de financement solvable. Le problème n’est donc pas uniquement quantitatif ; il est qualitatif. Une grande partie des PME ne répond pas aux critères de solvabilité ou de transparence exigés par les banques.
Dans les pays de l’UEMOA, les statistiques BCEAO montrent que le volume global de crédit bancaire progresse régulièrement. Cependant, la distribution sectorielle reste concentrée. Les grandes entreprises et les secteurs structurés captent la majorité des flux. Les PME, surtout les petites structures, peinent à absorber ces financements faute de préparation.
Le déficit de financement est donc une réalité structurelle, mais il n’est pas exclusivement imputable aux banques. Il reflète une asymétrie entre la sophistication des systèmes financiers et la maturité organisationnelle des entreprises.
La vraie question stratégique pour les entrepreneurs n’est pas : “Pourquoi les banques ne prêtent pas ?” mais “Comment rendre mon entreprise éligible au financement ?”