Quand je vois un œuf cassé dans un poulailler, l’éleveur hausse souvent les épaules. « Ce n’est qu’un œuf, Tonton. » Alors je sors ma calculatrice. Parce qu’un œuf cassé n’est jamais seul.
Faisons le compte ensemble. Cinq œufs cassés par jour, c’est cent cinquante œufs par mois. Soit cinq plateaux. Sur une année, soixante plateaux, c’est-à-dire l’équivalent de plus d’un mois de production entière. Pour beaucoup d’éleveurs, ces pertes restent invisibles parce qu’elles sont réparties sur toute l’année.
Autrement dit, un élevage qui casse cinq œufs par jour travaille gratuitement pendant un mois chaque année. Et comme ces pertes sont petites et quotidiennes, on ne les voit jamais passer. Un simple suivi du nombre d’œufs cassés chaque jour suffit souvent à révéler le problème et à le corriger rapidement.
Les causes sont presque toujours les mêmes : coquilles fragiles, ramassage trop rare, pondoirs mal garnis, alvéoles de mauvaise qualité. Chacune de ces causes se corrige avec très peu d’argent. Les grosses pertes font peur, alors on les combat. Les petites pertes paraissent inoffensives, alors on les laisse faire. Et ce sont elles qui, à la fin de l’année, pèsent le plus lourd.
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