Awa est venue me voir avec 600 000 francs et un sourire immense. « Tonton, je vais enfin m’acheter ce qui me fait envie. » Je l’ai laissée finir, puis je lui ai posé une seule question : qui a gagné cet argent ?
Elle m’a répondu : « Moi. » Faux. C’est son poulailler qui l’a gagné. Et un poulailler, c’est comme un champ : si tu manges toutes les graines, tu n’as rien à semer la saison suivante. Je lui ai rappelé que ce bénéfice est le fruit de quarante-cinq jours de travail des poulets, pas un cadeau tombé du ciel.
Je connais beaucoup de jeunes qui ont fait une belle première bande. Ils ont fêté, acheté un téléphone, habillé la famille. Six mois plus tard, ils recommençaient à zéro, persuadés que l’élevage ne rapporte rien. Ce petit salaire fixe est important : il sépare clairement l’argent de la maison de celui de l’exploitation.
La règle que j’applique depuis vingt-cinq ans est simple : pendant les douze premiers mois, on ne touche pas au bénéfice. Ensuite, on se verse un petit salaire fixe, et tout le reste repart travailler.
Awa a rangé ses billets. Elle va acheter cent pondeuses. Dans cinq ans, elle aura de quoi s’offrir dix fois ce qu’elle voulait aujourd’hui. La patience n’est pas un sacrifice : c’est un investissement qui rapporte.