Bachir DIOP
12 Feb
12Feb

Le financement informel constitue encore aujourd’hui la première source de capital pour les PME africaines. Selon la Banque mondiale (Enterprise Surveys, 2020–2023), une proportion significative des petites entreprises en Afrique subsaharienne déclarent recourir à l’épargne personnelle ou aux réseaux familiaux plutôt qu’au crédit bancaire formel. Cette réalité est particulièrement marquée en Afrique francophone, où l’accès au crédit bancaire reste concentré sur les entreprises formelles et structurées. À première vue, le financement informel apparaît comme une solution rapide, flexible et adaptée aux réalités locales. Mais cette facilité masque des coûts économiques et stratégiques importants.


Le premier coût est financier. Les prêteurs informels, qu’il s’agisse de réseaux communautaires, de tontines ou d’investisseurs privés non régulés, peuvent appliquer des conditions plus onéreuses que les établissements bancaires classiques, surtout en cas d’urgence. L’absence de cadre contractuel clair augmente le risque de tensions relationnelles et d’exigences imprévues. Selon plusieurs études sur la finance inclusive en Afrique de l’Ouest (CGAP – Consultative Group to Assist the Poor), le coût implicite du financement informel peut dépasser les taux bancaires lorsqu’on intègre les obligations sociales et les pressions communautaires.


Le deuxième coût est structurel. Une entreprise qui fonctionne majoritairement sur des flux financiers non bancarisés ne construit pas d’historique crédible. Or l’historique financier est l’un des principaux critères d’évaluation du risque bancaire. En restant dans l’informel, la PME se prive d’un levier stratégique : la construction progressive de sa bancabilité. Le recours exclusif à l’informel peut donc retarder de plusieurs années l’accès au financement structuré.


Le troisième coût est stratégique. Le financement informel renforce souvent la dépendance à un cercle restreint d’acteurs, limitant la capacité de négociation et d’expansion. À long terme, cette dépendance freine la professionnalisation et la séparation claire entre patrimoine personnel et patrimoine entrepreneurial. Selon la BAD (African Economic Outlook), la formalisation progressive des PME est un levier clé pour l’intégration dans les chaînes de valeur régionales.


Enfin, il existe un coût invisible : la perception. Une entreprise qui ne présente aucun historique bancaire ni état financier structuré envoie un signal de risque élevé. Le financement informel peut être une étape de démarrage, mais il ne doit pas devenir un modèle permanent. La transition vers le financement formel n’est pas seulement financière, elle est stratégique.

Commentaires
* L'e-mail ne sera pas publié sur le site web.