Le refus bancaire est souvent perçu comme une injustice ou une frilosité excessive des institutions financières. Pourtant, dans la majorité des cas, le rejet d’un dossier PME repose sur des critères techniques et prudentiels précis. Selon les enquêtes Enterprise Surveys de la Banque mondiale (2020–2023), l’accès au financement est cité comme l’un des trois principaux obstacles par plus de 40 % des entreprises en Afrique subsaharienne. Mais ces mêmes enquêtes montrent également que les banques invoquent principalement des insuffisances documentaires, une faible capacité de remboursement démontrée et l’absence de garanties formelles.
Le premier facteur de refus est la qualité de l’information financière. Beaucoup de PME africaines ne disposent pas d’états financiers certifiés ni de projections structurées de trésorerie. Or les banques fonctionnent sur l’analyse de flux futurs. Sans bilan clair, sans compte de résultat cohérent et sans historique bancaire solide, l’évaluation du risque devient trop incertaine. Selon l’IFC (MSME Finance Gap Report), une grande partie du déficit de financement des PME ne provient pas d’un manque de capital bancaire, mais d’une inadéquation entre les exigences de reporting et la réalité des entreprises.
Le deuxième facteur est la garantie. Dans les économies où les registres de propriété sont incomplets ou où l’actif immobilisé est limité, les PME peinent à offrir des garanties jugées suffisantes. La Banque africaine de développement souligne régulièrement que l’insuffisance des systèmes de sûretés mobilières limite l’expansion du crédit aux PME. Même lorsque des mécanismes de garantie publique existent (fonds de garantie nationaux ou régionaux), leur accès reste conditionné à la qualité du dossier initial.
Le troisième facteur est la gouvernance. Une entreprise dépendante exclusivement de son fondateur, sans délégation claire ni structure décisionnelle formalisée, est perçue comme plus risquée. Les banques recherchent la continuité opérationnelle. Un modèle trop centralisé accroît le risque de défaillance en cas de choc personnel ou organisationnel.
Enfin, il existe un facteur macro-prudentiel. Les banques régulées par la BCEAO ou d’autres autorités régionales doivent respecter des ratios stricts de solvabilité et de gestion du risque. Accorder un crédit à une PME non structurée a un coût réglementaire. Le refus n’est donc pas uniquement commercial, il est aussi réglementaire.
Ce constat ne doit pas décourager les entrepreneurs. Il doit les éclairer. Un refus bancaire n’est pas une condamnation définitive ; il est souvent un indicateur de maturité insuffisante. La bancabilité est un processus. Les PME qui investissent dans la qualité de leur information financière, la formalisation et la préparation stratégique voient progressivement leurs chances augmenter.