📚 DOSSIER SPÉCIAL – FINANCEMENT PME AFRIQUE FRANCOPHONE, Partie1: Le vrai problème du financement des PME en Afrique francophone : ce n’est pas l’argent
📚 DOSSIER SPÉCIAL – FINANCEMENT PME AFRIQUE FRANCOPHONE, Partie1: Le vrai problème du financement des PME en Afrique francophone : ce n’est pas l’argent
Le débat sur le financement des PME en Afrique francophone est presque toujours formulé de manière simpliste : les banques ne financent pas, il manque de liquidité, le système est bloqué. Pourtant, lorsqu’on observe les données macroéconomiques régionales, cette explication apparaît incomplète. Selon la Banque mondiale (World Development Indicators, 2023), le crédit au secteur privé en Afrique subsaharienne représente environ 27 % du PIB, contre 103 % en moyenne mondiale. Dans l’UEMOA, les statistiques BCEAO montrent une progression continue du volume global de crédit ces dernières années. Le capital circule. Le problème n’est donc pas purement quantitatif.
Le véritable blocage se situe au niveau du risque perçu et de la structure des entreprises. L’IFC estime dans son rapport de référence MSME Finance Gap (2017) que le déficit de financement des PME formelles en Afrique subsaharienne atteint environ 331 milliards de dollars. Ce chiffre est souvent interprété comme un manque d’offre bancaire. En réalité, il traduit un écart entre la demande solvable et la demande structurellement crédible. Une grande partie des PME qui sollicitent un financement ne disposent pas d’états financiers audités, de projection de trésorerie formalisée ou de gouvernance documentée.
Le deuxième facteur critique est l’informalité. Selon la Banque africaine de développement (African Economic Outlook), environ 80 % de l’emploi en Afrique subsaharienne est informel. Cela signifie que la majorité des unités économiques ne produisent ni historique fiscal fiable ni traçabilité bancaire complète. Or le système bancaire fonctionne sur l’évaluation probabiliste du risque. Sans données historiques, le risque devient opaque. L’opacité renchérit le coût du crédit ou bloque l’accès.
Il existe également une asymétrie informationnelle profonde entre banques et entrepreneurs. Les entrepreneurs pensent que la banque finance des idées ou du potentiel. Les banques financent des flux prévisibles et des garanties mesurables. Dans un environnement où le taux de créances douteuses reste surveillé par les régulateurs régionaux, les banques privilégient les grandes entreprises ou les secteurs soutenus par des mécanismes de garantie publique.
Enfin, le problème est culturel et stratégique. Beaucoup de PME recherchent un financement comme solution à une fragilité interne. Or le financement est un accélérateur, pas un correcteur structurel. Les entreprises qui accèdent au crédit durable sont celles qui ont anticipé leur bancabilité : formalisation, séparation financière, gouvernance minimale et vision claire.
Le financement des PME en Afrique francophone n’est donc pas bloqué par l’absence d’argent. Il est freiné par un déficit de structuration, de confiance et d’alignement stratégique.
📊 Références citées Banque mondiale – World Development Indicators (2023) IFC – MSME Finance Gap Report (2017) Banque Africaine de Développement – African Economic Outlook BCEAO – Statistiques monétaires UEMOA