Amadou Diarra
04 Feb
04Feb

En Tunisie, un nouveau modèle entrepreneurial est en train d’émerger sous l’impulsion directe de l’État : les entreprises communautaires. Présentées comme un outil de justice sociale et de redistribution territoriale, elles bénéficient d’un traitement inédit : exonération totale d’impôts pendant dix ans, accès facilité aux terres domaniales, subventions mensuelles pouvant atteindre 800 dinars et, plus récemment, crédits bancaires sans garantie et sans intérêts. Un soutien massif, financé indirectement par les banques et donc par l’économie formelle, qui interroge sur la frontière entre politique sociale et distorsion de marché.

Le contraste est frappant. Alors que certaines entreprises privées peinent à accéder au crédit et supportent une pression fiscale élevée, les communautaires cumulent avantages financiers et protection institutionnelle. La réforme oblige même les banques à consacrer 8 % de leurs bénéfices annuels à des crédits à taux zéro, accessibles notamment à ces nouvelles structures. Dans le même temps, des responsables bancaires ont été poursuivis pour avoir accordé des prêts sans garanties dans le passé. Deux standards semblent coexister : la rigueur pour les acteurs classiques, la mansuétude pour les projets estampillés “communautaires”.

Derrière l’objectif affiché d’inclusion économique, une question centrale se pose : assiste-t-on à la naissance d’un entrepreneuriat populaire ou à la fabrication d’une nouvelle élite protégée par la loi ? Si ces entreprises échouent, elles peuvent être dissoutes rapidement et recréées sous une autre forme, sans restitution des avantages perçus. Si elles réussissent, elles concurrenceront directement des acteurs soumis à des règles bien plus strictes. Le risque est clair : fragiliser l’écosystème existant au nom de l’équité, et remplacer une inégalité par une autre, institutionnalisée.

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