Ibrahim Konaté
19 Feb
19Feb

L’industrialisation est au cœur des stratégies économiques africaines depuis plusieurs décennies. Les gouvernements parlent de transformation locale, de valeur ajoutée, d’emplois industriels. Pourtant, un facteur technique mais décisif continue de freiner l’essor des PME industrielles : l’énergie.
Selon la Banque mondiale, près de la moitié des entreprises d’Afrique subsaharienne identifient l’électricité comme une contrainte majeure à leur activité (Enterprise Surveys). Dans certains pays, les interruptions électriques dépassent plusieurs dizaines d’heures par mois. Cette instabilité n’est pas seulement un désagrément opérationnel : elle est un facteur de destruction de compétitivité.


Prenons un exemple concret. Une PME sénégalaise spécialisée dans la transformation de produits halieutiques dépend d’une chaîne du froid continue. Une coupure électrique imprévue peut entraîner des pertes de stocks significatives. Pour se prémunir, l’entreprise investit dans des générateurs diesel. Résultat : ses coûts d’exploitation augmentent considérablement. L’énergie devient un poste budgétaire stratégique.
Selon l’Agence internationale de l’énergie (IEA), le coût moyen de l’électricité pour les entreprises africaines est souvent plus élevé que dans plusieurs économies asiatiques concurrentes. Ce différentiel réduit la compétitivité des produits africains sur les marchés internationaux.


L’impact est encore plus marqué dans les secteurs à forte intensité énergétique : transformation agroalimentaire, métallurgie, production manufacturière. Si une PME consacre 25 à 30 % de ses charges à l’énergie, sa marge devient extrêmement sensible aux fluctuations tarifaires.
Mais le problème n’est pas seulement tarifaire. Il est aussi structurel. L’absence de prévisibilité énergétique empêche la planification industrielle de long terme. Une entreprise hésitera à investir dans une nouvelle ligne de production si elle ne peut garantir la continuité énergétique.


Certaines solutions émergent. L’intégration de solutions solaires industrielles, les partenariats public-privé énergétiques et les mini-réseaux représentent des pistes prometteuses. Plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest développent des programmes d’énergie renouvelable destinés aux zones industrielles.
Cependant, pour les PME, l’investissement initial dans l’énergie alternative reste élevé. Une centrale solaire industrielle peut nécessiter plusieurs dizaines de millions de FCFA. L’accès au financement énergétique devient donc stratégique.


La conclusion est claire : l’industrialisation africaine ne dépend pas uniquement du capital ou du talent entrepreneurial. Elle dépend d’une infrastructure énergétique fiable, abordable et prévisible.

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