On parle beaucoup d’innovation, de fintech, d’intelligence artificielle et de startups. On parle moins des camions, des entrepôts, des délais de livraison et des coûts de transport. Pourtant, en Afrique de l’Ouest, la logistique est souvent la variable invisible qui décide du succès ou de l’échec d’un business.
À Cotonou, un jeune entrepreneur a lancé une marque de produits alimentaires transformés avec un branding moderne et une forte présence sur les réseaux sociaux. Les ventes ont décollé rapidement. Mais au bout de quelques mois, les retours clients se multiplient : retards de livraison, produits endommagés, ruptures de stock. Le problème n’était pas la demande. Le problème était la chaîne logistique.
Dans l’espace UEMOA et plus largement en CEDEAO, les défis logistiques restent importants. Selon le Logistics Performance Index de la Banque mondiale, les coûts et délais liés au transport et aux formalités restent supérieurs à ceux observés dans les économies industrialisées. Les corridors routiers, bien que modernisés dans certaines zones, demeurent vulnérables aux retards et aux inefficiences.
Pourtant, dans l’imaginaire entrepreneurial local, la logistique est souvent perçue comme une contrainte secondaire. On investit d’abord dans la production, le marketing ou l’expansion commerciale. La logistique vient après. C’est une erreur stratégique.
À Accra comme à Abidjan, les groupes les plus performants ont compris que la maîtrise logistique est un avantage compétitif décisif. Certains ont investi dans leurs propres flottes, leurs entrepôts régionaux ou des systèmes de gestion des stocks digitalisés. Cette intégration réduit la dépendance aux prestataires externes et améliore la fiabilité.
Au Burkina Faso, une PME spécialisée dans la distribution de pièces détachées a transformé son modèle en centralisant ses stocks dans un hub unique relié à un système numérique de suivi. Résultat : baisse des ruptures, réduction des coûts de stockage et amélioration des délais de livraison vers les villes secondaires.
La logistique influence directement la trésorerie. Un stock mal géré immobilise du capital. Des retards de livraison retardent les encaissements. Une mauvaise anticipation des flux crée des tensions financières. Dans un environnement où l’accès au crédit reste limité, optimiser la chaîne logistique devient un levier de financement indirect.
Il existe également un enjeu régional. Avec la montée en puissance de la ZLECAf, les opportunités d’exportation intra-africaines augmentent. Mais exporter vers un pays voisin sans infrastructure logistique adaptée peut rapidement transformer une opportunité en perte.
Les entrepreneurs qui ambitionnent de bâtir un groupe multisectoriel en UEMOA doivent intégrer la logistique comme une fonction stratégique, pas opérationnelle. Cela signifie investir dans la planification, la digitalisation des flux et parfois l’intégration verticale.
La croissance régionale ne se gagne pas seulement avec une bonne idée. Elle se gagne avec une exécution maîtrisée. Et en Afrique de l’Ouest, l’exécution passe par la route, le port et l’entrepôt.
La logistique n’est pas glamour. Elle est déterminante.