La dette publique africaine est redevenue un enjeu central de souveraineté économique, à mesure que les financements contractés depuis les années 2000 arrivent à maturité. La Chine, devenue l’un des principaux créanciers du continent, a soutenu de nombreux projets d’infrastructures via des prêts rapides, souvent assortis de conditions peu transparentes, de taux élevés et d’échéances courtes. Plusieurs pays africains figurent aujourd’hui parmi les plus endettés envers Pékin, ravivant les inquiétudes sur le risque de surendettement.
Le Sénégal illustre les dérives possibles de cette dynamique. La révélation d’une « dette cachée » contractée entre 2019 et 2024, estimée à plusieurs milliards de dollars, a brutalement détérioré sa trajectoire budgétaire. Avec un ratio dette/PIB désormais supérieur à 130 %, le pays se retrouve sous forte pression des institutions financières internationales, relançant le débat sur la soutenabilité et la transparence de l’endettement public en Afrique.
À l’inverse, la Côte d’Ivoire apparaît pour l’instant comme un contre-exemple. En diversifiant ses partenaires financiers et en privilégiant les financements multilatéraux, Abidjan a maintenu un niveau d’endettement jugé soutenable. Mais les expériences observées ailleurs rappellent que l’équilibre reste fragile : une dette mal maîtrisée peut rapidement devenir un levier de dépendance économique et politique, imposant des choix stratégiques décisifs aux États africains.